J’ai lu l’information sur internet, mais promis je ne l’ai pas téléchargée : la Haute Autorité pour la Diffusion des Œuvres et de la Protection des Droits sur Internet (Hadopi) s’est vue allouer par le ministère de la culture des locaux de 1107 m2 au centre de Paris…pour sept personnes (soit plus de 158m2 par personne).
Evidemment ! De suite, un non spécialiste comme moi imagine un nombre impressionnant d’ordinateurs, une pléthore de serveurs, des kilomètres de câbles, bref un volumineux outillage informatique afin de traquer et démasquer les pirates du web. Mais plus qu’une fausse représentation façonnée par de mauvais films d’espionnage, l’autorité anti-piratage externalisera la quasi totalité de son activité : l’identification des internautes en infraction sera assurée par des agents assermentés travaillant pour des organismes professionnels (Sacem), et l’envoi des emails d’avertissement aux mêmes internautes sera confié à une filiale de la Poste. Au demeurant, mes nombreuses connaissances auxiliaires dans le domaine informatique m’ont déjà assuré de l’existence sur la toile de nombreuses parades au mécanisme mort-né mis en place par l’Hadopi.
Pour éclairer ce phénomène d’adoption d’une solution d’autant plus coûteuse qu’inefficace, nous pouvons mobiliser un texte très fertile en science des organisations, ayant donné naissance au courant néo-institutionaliste (J.W. Meyer et B. Rowan : “Institutionalized Organizations : Formal Structure as Myth and Ceremony”, American Journal of Sociology, 1977). L’idée centrale est que les organisations revêtent des règles et des conduites non pour leur efficacité mais comme des mythes qui leur font gagner de la légitimité, de la stabilité, des ressources extérieures, et améliorent leur perspective de survie. Pour fonctionner, elles entretiennent donc un hiatus entre leur structure formelle (grandiose dans le cas présent) et leurs activités quotidiennes (quasi-inopérantes pour le moment).
Très affaiblie médiatiquement suite à une adoption législative houleuse, et fragilisée dans son existence même à cause d’une riposte technique obsolète et sans cesse en retard face aux pirates, l’Hadopi se devait d’avoir des locaux de taille !
Publié par JJ