L’arrivée du livre électronique en France est l’occasion pour les acteurs du monde de l’édition de faire entendre leur voix. Tantôt présentée comme une aubaine (économique) ou une menace (pour la culture), le livre électronique va modifier en profondeur les règles du jeu dans l’édition, un univers très parisien et peu coutumier des grands bouleversements. A la fin de la Saison 1, on apprenait que la photocopie, finalement, n’avait pas réussi à tuer le livre. La Saison 2 qui commence voit arriver un ennemi bien plus coriace en la personne du ebook, et le combat s’annonce bien plus serré.
Cet article est le premier d’une série qui s’intéresse aux probables conséquences sociologiques, économiques et culturelles de l’arrivée du livre électronique sur le marché. Il a pour objectif de présenter les principaux protagonistes du monde de l’édition, du pourvoyeur de matière première au consommateur final. Côté fournisseurs, on trouve les auteurs et leurs ayants droit, pour la plupart méfiants du nouvel artefact. On retrouve aussi les bibliothèques et autres fonds de conservation d’ouvrages, susceptibles de fournir du contenu à l’interface électronique.
Un peu plus loin dans la chaîne, on trouve les maisons d’édition et les imprimeurs, qui co-produisent le format papier du livre et ont tendance à voir d’un mauvais œil l’arrivée du livre électronique. Surtout qu’en face d’eux se trouvent Amazon, Sony, et consorts, qui se délectent par avance de pouvoir remplacer des étagères entières d’ouvrages imprimés par une plateforme technologique unique et qui tient dans la main. Eux travailleraient d’ailleurs avec des distributeurs d’un genre nouveau pour l’industrie : les fournisseurs d’accès Internet et divers
sites de référencement de textes digitalisés. Les distributeurs old school, qui acheminent les ouvrages imprimés jusque dans les points les ventes, ont dans cette affaire un intérêt clairement identifiable : s’il n’y a plus de livres à acheminer physiquement, on n’aura plus besoin d’eux. L’Etat joue également un rôle essentiel dans cette affaire, puisqu’il peut décider d’harmoniser (ou pas) les taux de TVA entre livre papier et livre électronique. Du côté obscur, les pirates de livres électroniques font peser un risque essentiel sur la rentabilité potentielle du projet, ce qui ne manquera pas de peser dans la balance.
Etrangement, on entend beaucoup les auteurs et les maisons d’édition dans le débat sur l’arrivée du livre électronique, mais très peu les imprimeurs et les distributeurs, qui sont pourtant les plus menacés. C’est une question de statut : au pays de l’édition, l’éditeur est roi, l’auteur est son valet, et le reste n’est que petites gens. Et le lecteur dans tout ça ? On aime à penser que c’est lui qui aura le dernier mot – que s’il rejette le livre électronique comme les Américains le New Coke, on reviendra en arrière. Pas si sûr pourtant, qu’en face des mastodontes organisationnels en présence, les hordes de lecteurs isolés aient une quelconque importance dans l’histoire qui va se jouer. Surtout que leurs décisions sont en grande partie influencées par des prescripteurs comme les écoles et les universités, qui établissent chaque année des listes d’ouvrages à acquérir, et pourront certainement influer très bientôt sur leur mode d’acquisition.